SOS libraire en danger
07/02/2012 | La Gazette de Besançon n° 38 | Par Chloé Dalpos
La librairie bisontine Siloë Chevassu vient de lancer une campagne de publicité tonitruante dans toute la France, afin d’appeler à la générosité de ses clients pour sauver cette enseigne quarantenaire. Son slogan évocateur, « Un libraire vaut-il un panda ? », semble avoir touché juste au vu des nombreux retours que le libraire enregistre déjà.

LE LIBRAIRE indépendant serait une espèce en voie d’extinction, au même titre que le panda, selon Pierre Chevassu, gérant de la librairie Siloë Chevassu depuis 1979. En effet, cette librairie bisontine, spécialisée dans les ouvrages religieux, vit des heures sombres depuis plusieurs années, en proie à des difficultés de trésorerie. Alors qu’il atteignait un point de non-retour en cette fin d’année et qu’une décision radicale s’imposait, il semblerait que le bout du tunnel apparaisse grâce à la solidarité de son groupement Siloë.
Pierre Chevassu reprenait la librairie en 1979 avec l’idée de la sortir de son cliché « catho » et de diversifier les ouvrages, en y créant une belle carterie de qualité. « Nous avions depuis un développement normal, sans souci majeur. Cette librairie était parfaitement viable » insiste-t-il. C’est en 2008 que les choses commençaient à se compliquer, suite à un incident particulier, mais également à la conjoncture globale. « Fin 2007, nous perdions un gros client, représentant près de 10 % de notre chiffre d’affaires. Et en 2008, nous commencions à ressentir le ralentissement du commerce en général. La même année, nous avons dû remplacer toute l’informatique, engendrant des prêts de trésorerie ». À ce jour, la librairie doit encore porter sur ses frêles épaules quatre prêts trop lourds. Une décision radicale s’imposait donc en décembre 2011, celle de la fermeture. Mais c’était sans compter sur l’entraide du GIE Siloë, groupement de 60 libraires actionnaires. « J’ai parlé de mes soucis et fait part de ma décision au président » continue Pierre Chevassu. « Le lendemain, il me rappelait pour me proposer de lancer un appel au niveau national ». Mais comment, et par quel moyen ? Grâce au coup de patte d’un graphiste et à la verve de communicants d’une agence de communication, un visuel fut ainsi créé et diffusé sous forme d’un quart de page au sein du quotidien catholique français La Croix, diffusé à plus de 100 000 exemplaires. Le 30 janvier dernier, l’appel était ainsi lancé dans toute la France, et faisait mouche. Une première dans notre pays. L’emballement médiatique régional suivait rapidement, et la petite librairie recevait de nombreux médias locaux. L’encart est éloquent : sous le titre « Un libraire vaut-il un panda ? », on peut lire deux accroches : « Randouillard et Joyeuse, deux pandas géants, viennent d’être transférés dans un grand zoo français », puis, à côté, « Pierre Chevassu, libraire à Besançon, appartient lui aussi à une espèce en voie de disparition ». « Je n’ai rien contre les pandas » martèle-t-il, agacé d’être l’objet de procès d’intention peu louables. « Un libraire ne vaut pas plus qu’un panda, ce n’est pas du tout le message. Nous voulions simplement dire que si l’on peut se mobiliser pour la défense des pandas, on peut également se mobiliser pour une autre cause ». Pour sauver sa librairie et repartir sur des bases saines, Pierre Chevassu devra réunir 200 000 euros. Les soutiens financiers reçus se matérialisent sous deux formes : de petits dons, collectés par l’association des Amis de la librairie Siloë de Besançon, et sous la forme d’un actionnariat et d’une participation au capital. Pour ce faire, la librairie devrait évoluer et changer de statut dans les jours qui viennent, pour se transformer an société. « L’accueil a été excellent. Nous avons reçu des appels d’éditeurs qui nous soutiennent. Depuis plusieurs jours, de nombreux clients nous disent qu’ils souhaitent répondre à l’appel et nous déposent des chèques ». La librairie bisontine pourrait bien être en train d’écrire une nouvelle page…
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