Claude Jeannerot : « Hollande préfère répondre aux attentes »
07/02/2012 | La Gazette de Besançon n° 38 | Par Rédaction
Claude Jeannerot, le sénateur-président (PS) du conseil général du Doubs, ne doute pas un instant que Nicolas Sarkozy sera bien candidat à sa propre succession. Et défend le programme de François Hollande, qualifié de passéiste par la majorité présidentielle.

LA GAZETTE : Après son intervention télévisée du 29 janvier, estimez-vous que Nicolas Sarkozy est en campagne ?
CLAUDE JEANNEROT : Très clairement, nous avons à présent affaire à un « président candidat ». À plusieurs reprises durant cette interview télévisée, le chef de l’État s’est inscrit dans cette perspective.
Auriez-vous préféré qu’il se déclare ce 29 janvier, afin que la campagne débute vraiment ?
Cette question lui appartient. Les Français apprécieront et décideront le moment venu…
Ne craignez-vous pas que cette campagne manque de profondeur, que les sujets les plus importants passent au second plan et laissent la place aux attaques personnelles ?
C’est ce que l’on pouvait craindre au regard des attaques violentes qui ont visé en premier lieu François Hollande. Mais, vous l’aurez observé avec son discours du Bourget et la présentation de son projet pour la France, ce n’est pas la méthode de François Hollande qui préfère répondre aux attentes de nos concitoyens plutôt que de se livrer à des attaques personnelles.
Nicolas Sarkozy a annoncé le relèvement de la TVA de 1,2 %, s’il est élu. Comment jugez-vous cette mesure ? Peut-on craindre pour le pouvoir d’achat ?
L’UMP nous explique qu’il ne s’agit pas d’une taxe. Or la TVA est un impôt qui impacte directement les ménages. Ce sont encore les plus modestes et les classes moyennes qui seront les plus touchés. C’est à nouveau leur pouvoir d’achat qu’on ampute. Cette hausse de la TVA est donc à la fois inopportune, injuste, infondée et improvisée. Ce dont notre pays a besoin, c’est d’une fiscalité juste !
Le chef de l’État a décidé d’exonérer les charges sociales patronales sur les salaires compris entre 1,6 et 2,1 fois le SMIC. Cela peut-il aider à sauver l’industrie en France et relancer l’emploi ?
Soyons sérieux, cela fait dix ans que l’UMP tient le même discours, avec l’efficacité que l’on connaît. Elle a même supprimé la taxe professionnelle : résultat, le chômage n’a jamais été aussi élevé et les collectivités aussi appauvries ! Ce dont les entreprises ont besoin pour embaucher, c’est d’un carnet de commandes plein. Créons les conditions de la croissance !
Une augmentation de la CSG sur les revenus financiers de 0,2 % est-elle une bonne initiative ?
Une micro mesure en soi n’a pas de sens. Elle doit s’inscrire dans un ensemble cohérent. Il reste que la CSG est en elle-même une contribution juste car elle mobilise tous les revenus, et pas seulement les salaires, à condition bien entendu qu’elle soit mise en œuvre à hauteur des capacités contributives de chacun.
Que pensez-vous de l’argument de Nicolas Sarkozy, qui estime qu’une taxe de 0,1 % sur les transactions financières pourrait limiter les délocalisations ?
Ceci fait partie d’un « package » de mesures prises trop rapidement, sans concertation, et parfois en contradiction avec ce qui a été fait au cours de ce quinquennat. Ainsi, il existait, jusqu’en 2008, un impôt sur les opérations de bourse. Il a été supprimé par la majorité actuellement en place… Laquelle décide pourtant aujourd’hui d’instaurer une taxe sur les transactions financières. Nous sommes là face à une incohérence frappante. Il ne me semble pas possible de réformer notre pays tout en changeant constamment de cap.
L’effort pour l’emploi des jeunes, avec 5 % d’apprentis dans les entreprises (contre 4 % actuellement) est-il suffisant ?
Nous sommes dans la communication. Cette annonce n’aura aucun effet sur le réel, puisque déjà, nous n’atteignons pas les 4 %. Le combat contre le chômage des 18-25 ans ne se décrète pas : il nécessite des mesures en faveur de l’emploi des jeunes dans les entreprises, mais aussi d’autres en faveur de l’éducation et de la formation. Or chacun aura noté que l’éducation n’est plus une priorité du gouvernement qui supprime massivement nombre de postes. Tout se tient !
Le chef de l’État vous a-t-il donné l’impression de vouloir solder les 35 heures ?
S’il avait voulu le faire, il l’aurait déjà fait. Est-ce vraiment la question ? Il convient surtout de restaurer dans notre pays le dialogue social. Place ensuite à la loi. Comme François Hollande le dit, il faut recréer un climat de coproduction entre les différents partenaires : État, patronat, syndicats et salariés, à l’instar de l’Allemagne, si souvent citée en exemple. De plus, des experts montrent que les entreprises françaises restent en matière de qualité de main d’œuvre de loin les plus compétitives.
François Hollande souhaite revenir – selon les carrières de chacun – à la retraite à 60 ans. Mais en France, ne serait-il pas plus urgent d’inciter les employeurs à embaucher – ou à ne pas licencier – les quinquagénaires ?
François Hollande a exprimé clairement ses vues sur le sujet : le départ à la retraite à 60 ans sera possible dès lors que l’on aura cotisé quarante et un ans. Sa proposition d’un contrat de génération sera par ailleurs l’un des outils permettant aux entreprises de garder les seniors tout en leur permettant de transmettre leur expérience aux jeunes.
Que répondez-vous à ceux qui assurent que François Hollande n’a rien d’autre à proposer que de vieilles recettes, plus de dépenses et plus d’impôts ?
C’est faux et réducteur. Celles et ceux qui émettent cette opinion ont-ils bien lu les 60 propositions de François Hollande ? Elles n’ont rien de « dépassé ». Du reste, en quoi vouloir mettre les banques au service de l’économie ou réformer en profondeur la fiscalité serait-il une « vieille recette » ? Créer les conditions de la relance pour redistribuer équitablement… Est-ce dépassé ? Le projet de François Hollande, outre une vraie réforme de la fiscalité et le retour à l’équilibre, c’est aussi créer une banque publique d’investissement, renforcer l’hôpital public ou encore construire davantage de logements. Est-ce dépassé ?
Êtes-vous en phase avec François Hollande, sur son virage sécuritaire ? La gauche vous semble-t-elle capable de rivaliser sur ce thème avec la droite, jugée plus crédible ?
Il ne s’agit pas d’un virage sécuritaire, mais de parvenir vraiment à réduire l’insécurité et protéger nos concitoyens. Je suis en phase avec François Hollande quand il exprime sa volonté d’une plus grande justice, qu’il s’agisse de lutter contre la délinquance ou contre la fraude fiscale. La majorité actuelle présente, sur ces points, un bilan médiocre. Elle n’a cessé d’user d’une rhétorique d’affrontement, parfois à la limite du tolérable, et de se saisir opportunément de chaque fait divers tragique pour annoncer de nouvelles mesures sécuritaires, sans pour autant obtenir de résultats. Et pour cause, la justice manque aujourd’hui cruellement de moyens, l’État s’est largement désengagé de toute politique de la ville, dans les quartiers où se concentrent pourtant certains actes de délinquance, et a réduit les moyens affectés aux forces de l’ordre. Là-aussi, il faut être cohérent. Au discours et à la communication, je préfère les actes.
Le programme de François Hollande a été accueilli fraîchement par les écolos et surtout par Jean-Luc Mélenchon, de potentiels alliés. Le candidat socialiste doit-il donner plus de gages sur l’écologie, et donner un coup de barre à gauche pour séduire Mélenchon ?
L’ambition de notre candidat n’est pas de donner de gages aux uns ou aux autres, ou de séduire un électorat ou un autre, mais de rassembler autour de son projet. Celui-ci est crédible, chiffré, et procède par étapes… Alors rassemblons-nous dès le 1er tour .
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