Benoît Vuillemin : »J’y vais pour gagner ! »
07/02/2012 | La Gazette de Besançon n° 38 | Par Chloé Dalpos
À 37 ans, Benoît Vuillemin brigue un premier mandat de député pour la deuxième circonscription du Doubs. Une circonscription qu’il connaît sur le bout des doigts, puisque originaire de Saône, il y a toujours vécu. Dirigeant d’entreprise depuis quinze ans (enseigne d’électroménager Vamda), il connaît particulièrement bien le tissu économique bisontin, et se présente en candidat libre, représentant la société civile. Celui qui a été à la tête du club affaires du BBCD pendant plus de six ans entend apporter une réponse alternative aux partis politiques traditionnels.

LA GAZETTE : Vous laissez le monde économique pour vous lancer en politique. Quelles sont vos motivations ?
BENOÎT VUILLEMIN : Aujourd’hui, je pars d’un constat : malgré mes différentes activités, la seule arène où on peut avoir un discours entendu, ce sont les périodes électorales. En période de crise économique, on laisse trop le champ aux hommes politiques. On n’écoute pas assez la société civile et le milieu économique. J’ai la chance d’avoir mes frères qui dirigent la société familiale, ce qui me permet de dégager du temps pour la politique, et pouvoir ramener les choses à une certaine réalité. Je ne vais pas vers la confrontation politique, mais dans le débat. J’y vais pour gagner. C’est une circonscription que je connais bien, j’y prône un vrai développement économique. Aujourd’hui, il y a un candidat à droite légitime, il y a un candidat à gauche-EELV légitime, et un candidat dissident. Je pense qu’il faut un candidat représentant la société civile.
Vous sollicitiez le soutien du MoDem, tout en vous présentant en candidat libre. Ce dernier a refusé, que s’est-il passé ?
Ma candidature s’officialisait depuis plusieurs mois en tant que candidat libre. Philippe Gonon et Catherine Comte-Deleuze (MoDem) me font part de leur intérêt pour ma candidature. À cette époque, fin 2011, François Bayrou était faible dans les sondages. Catherine Comte-Deleuze m’indique qu’elle ne souhaitait pas y aller en candidate titulaire, car les risques étaient trop importants. Elle me dit alors d’y aller, et qu’elle me suivrait en tant que suppléante. Philippe Gonon paraissait également enclin à cela.
C’était un soutien que vous souhaitiez, pas l’investiture ?
Oui absolument, je n’ai jamais demandé l’investiture. Le MoDem me disait que dans la mesure où on partage certaines valeurs, ce soutien leur convenait. Après quelques tergiversations, ils m’ont finalement fait un coup à l’envers fin janvier. Tout le monde a été au courant avant moi que je n’avais pas le soutien. Ils n’ont pas été francs du collier : un jour, c’est le comité départemental qui n’est pas d’accord, le lendemain, c’est Paris, et ensuite, c’est la parité… Le constat est simple : quand François Bayrou était relativement faible dans les sondages, ils avaient beaucoup de mal à trouver des candidatures, et aujourd’hui qu’il est à 14-15 %, pour Catherine Comte-Deleuze et Philippe Gonon, il est beaucoup moins risqué de poser leur candidature. C’est leur droit le plus strict, mais je les trouve goujats et maladroits.
Vous êtes déçu, en colère ?
J’ai une petite pointe de déception dans le sens où je pensais que le MoDem souhaitait fonctionner différemment des grands partis. Je me rends compte qu’au niveau local, cela fonctionne par petites seigneuries…
Cependant, on peut comprendre que le MoDem souhaite soutenir un candidat officiel qui possède sa carte d’adhérent depuis plusieurs années…
C’est vrai, je suis d’accord. Avec la nuance que je ne suis jamais allé les chercher. Il ne faut pas oublier que ce sont eux qui sont venus me courtiser il y a trois mois.
Vous vous présenterez donc en candidat libre et indépendant. L’envie de se jeter dans l’arène politique est là depuis longtemps ?
J’ai toujours un peu baigné dedans. Mon père a fait deux mandats de maire à Saône, il a été un des fondateurs de l’agglomération de Besançon avec Robert Schwint.
L’image du politique est plutôt écorchée en ce moment, notamment avec le barouf qui a eu lieu sur cette seconde circonscription, et les querelles entre PS et Europe Écologie les Verts. Vous allez jouer la carte du non-politique ?
Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde, y compris pour ceux qui ne sont pas encartés. Il n’est pas obligé d’être dans un moule. Les candidats sont aujourd’hui complètement formatés par leur parti politique, les affiches seront les mêmes, les cartes de vœux aussi… ce qui enlève un débat sur le local.
En revanche, votre nom est loin d’être connu des Bisontins…
Ça dépend… Mon nom est plus connu que celui d’Yves-Michel Dahoui ou celui d’Éric Alauzet. J’ai été dirigeant d’une entreprise locale importante, je suis impliqué sur cette circonscription. Ma notoriété est bien là sur cette circonscription.
Mais va-t-elle vous apporter une légitimité et une crédibilité suffisantes ? Car si vous avez une connaissance indéniable du terrain et du tissu économique, quid des compétences en droit, en fiscalité, en finances… indispensables pour se lancer en politique ?
Oui, mais le médecin qu’est Éric Alauzet, le professeur de sport qu’est Jacques Grosperrin… On peut faire le tour de l’Assemblée nationale comme cela…
Oui, mais ce sont des personnes qui ont déjà une expérience significative d’élus locaux. Vous attaquez une élection qui reste très nationale…
Il n’y a pas de petites ou de grandes élections. Il y a des débats. La législature est un scrutin local, et le député, qui représente certes la nation entière, est élu par une circonscription et représente cette circonscription. Mes compétences, ce sont celles d’avoir été tous les jours sur le terrain avec mon entreprise. Le social et l’emploi, je sais ce que c’est. Je vais y aller avec mes propres compétences, celles de la gestion d’entreprise, du social…
Quels sont les projets que vous porterez sur le plan local ?
Des projets de développement économique sur le plateau sud : je pense que l’axe sud n’est pas suffisamment développé. Je pense à une gare centrale sur le plateau sud. Besançon est bien desservi sur sa partie nord et ouest. Saône est la plus grosse commune après Besançon. À Saône, on pourrait imaginer une vraie gare de plateau, puisque la voie ferrée existe déjà avec des TER. Il faudrait l’améliorer et faire une vraie gare avec plus de navettes qui feraient plateau – gare Viotte pour l’accès au tramway et au réseau urbain, et plateau – Viotte – Auxon, pour l’accès à la gare d’Auxon. Un autre axe de développement important est la RN 57. Il a toujours été convenu que la route Besançon – la Suisse serait une quatre voies. Il reste encore des tronçons à deux voies. C’est un combat à mener. Et enfin le développement de zones commerciales et industrielles éthiques. Il faut arrêter de faire des zones commerciales qui soient uniquement écologiques et durables. Au-delà de l’aspect écologique, il doit y avoir également certaines études sociales, avec un respect du code du travail du salarié, un respect du consommateur, la possibilité pour le personnel de se restaurer à des coûts plus faibles, des transports simplifiés…
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